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30.05.2008

VOUS N'AVEZ PAS LE MORAL,NE LISER PAS L'ARTICLE

A. Montebourg. « La gauche est en miettes »
Député et président du conseil général de Saône-et-Loire, Arnaud Montebourg se pose depuis longtemps en aiguillon au sein du Parti socialiste. Il répond au Télégramme.
Pourquoi les socialistes refusent-ils une réforme constitutionnelle qui a pour objectif d’accroître les pouvoirs du Parlement ? Parce que c’est essentiellement une réforme qui accroît les prérogatives de la majorité et pas suffisamment celles de l’opposition. C’est le cas en ce qui concerne la démocratisation du Sénat ; c’est le cas de la monopolisation du temps de parole médiatique par le président de la République ; c’est le cas du droit pour l’opposition d’organiser librement des commissions d’enquête parlementaire pour contrôler le gouvernement et l’administration. Jusqu’ici, nous n’avons arraché que la possibilité du recours au référendum d’initiative populaire. Toute notre bataille, depuis l’ouverture des débats, tend à arracher des avancées en faveur de l’opposition.

Vous demandez que le temps de parole du président de la République soit comptabilisé avec celui de la majorité et du gouvernement. Pourquoi ne le demandiez-vous pas du temps où François Mitterrand était à l’Elysée ?
Nous ne le demandions pas non plus quand Jacques Chirac était chef de l’Etat. Il n’y avait pas alors cette invasion permanente des écrans et des radios par l’Elysée. Nicolas Sarkozy a décidé - il le dit lui-même - de remplacer son Premier ministre, qu’il considère comme un vulgaire « collaborateur ». Il s’exprime sur tous les sujets, y compris ceux qui relèvent de simples secrétaires d’Etat ou des patrons d’entreprises publiques, comme dans le cas des travaux sur la ligne A du RER. Sur toutes les chaînes, le temps de parole de l’UMP, du gouvernement et du président de la République a été augmenté de 250 % pour TF1, de 196 % pour France 2 et de 350 % pour LCI. L’opposition est ainsi en voie de marginalisation médiatique, ce qui est insupportable dans une démocratie moderne.

Avez-vous abandonné Ségolène Royal dont vous fûtes pourtant un lieutenant très actif en 2007 ? Je ne dirai pas cela. Je l’ai soutenue pendant la campagne présidentielle. Aujourd’hui, nul ne peut savoir ce que sera le destin, et, en ce qui me concerne, je ne veux pas me prononcer en 2008 pour savoir qui sera candidat en 2012. On ne va pas recommencer une querelle des présidentiables en laissant ainsi le Parti socialiste sur le carreau, avec des guerres interminables entre écuries présidentiables, qui transformeraient le congrès de Reims en congrès de Rennes bis. La question de la reconstruction du parti, celle de son projet, sont prioritaires. C’est pourquoi je préconise que Ségolène Royal, Bertrand Delanoë ou tout autre présidentiable soient proscrits de la direction du Parti socialiste. Aujourd’hui, la gauche est en miettes. Elle doit se réunifier et se remettre au travail.

Vous vous êtes rapproché de Pierre Moscovici. Celui-ci ferait-il un bon premier secrétaire ? J’ai pensé qu’il fallait solder les désaccords du passé. Nous devons nous lancer dans l’entreprise de transformation et de reconstruction d’un nouveau parti de toute la gauche, avec, le moment venu, des primaires ouvertes pour sélectionner notre candidat à l’élection présidentielle. Nous avons besoin d’un super mécano, d’un diplomate, de quelqu’un capable de faire travailler tout le monde ensemble. Je pense que nous pouvons constituer une super équipe renouvelée autour de Pierre Moscovici.

Propos recueillis par Philippe Reinhard

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